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“And you gave me Coca-Cola,

cause you said it tastes good,

and you’re watching television,

cause it tells you that you should.”

Supertramp – Child of vision

 

C’est comme d’habitude une atmosphère étrange qui baigne ma soirée. L’odeur discrète de cette énorme bougie parfumée rouge, dont la lueur vacillante dessine sur les murs de ma chambre les silouhettes de mes plus noires compagnes, se mêlant à celle plus présente de la vinaigrette que je viens de préparer pour ma salade d’endives.

Ceci n’est pas un article, juste une accroche histoire de rappeler que parfois j’écris encore des choses que je voudrais intéressantes.

Et, à l’attention plus particulière de mon lecteur de la première heure et critique avisé Karamazov, je souhaiterais simplement dire ceci : oui, l’écroulement des valeurs. Délicate à traiter, cette chose qui fait que mon amour de l’humain m’a poussé à haïr l’humanité et que je me sens perdu et désarmé, incapable de me défendre où d’agir dans un monde où la vertu est un handicap alors que le mensonge te permet d’obtenir ce que tu veux.

Je te pose la question : as-tu déjà parlé avec tes collègues de leurs aspirations dans la vie ? As-tu déjà demandé à un homme pourquoi il séduit une femme ? As-tu déjà allumé la télévision ?

 

Je sens que cet article va-t-être exceptionnellement joyeux dans un monde où les sextoys remplacent l’amour et où Bouillon de Culture a disparu au profit du Bêtisier des cent meilleures émissions de Noël sur les cent meilleurs best-of des cent meilleurs bêtisiers…

 

Tiens, si je sortais me chercher un MacDo et me trouver une taspé à tringler pendant dix minutes…

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas les faire, c’est parce que nous n’osons pas les faire qu’elles nous semblent difficiles. »

Sénèque

 

“Time is ticking by without us knowing

Before you know it, it will be too late to see.”

Nero – Guilt

 

“Vivre est la chose la plus rare. La plupart des gens se contente d’exister. »

Oscar Wilde

 

 

A l’occasion d’une discussion au cours de laquelle comme à l’accoutumée je fanfaronnait sur ma capacité à faire face en toute circonstance et à ne jamais me laisser démonter par quoi que ce soit, ce dans l’unique but de cacher sous des aspects de jeune loup de mer arrogant qui pense tout savoir sur la vie le fait qu’il me reste tant à voir et à apprendre, moi qui ne cesse de me laisser ronger par la noirceur de ce monde alors que je cours moi-même derrière la moindre étincelle de beauté et de tendresse que nos Mères ont à offrir, il m’est revenu en tête un épisode qui peut sembler anodin mais m’a marqué définitivement.

Je vivais en couple, on ne peut pas vraiment dire rangé, mais au moins nous étions deux à courir presque dans la même direction, avides de voyages, de nouvelles expériences, de savoir et de passion.

Mais en couple tout de même. Mes années noires semblaient loin derrière, noyées derrière un rideau de mensonges protecteur et avec elles leur corollaire d’aventures surréalistes et de situations aussi souvent surréalistes que gênantes.

Vint alors dans notre immense appartement parisien (si vaste que nous pouvions vivre à plus de cinquante en comptant les cafards) un ami, un frère avec qui j’avais fait les trois-cent quatre-vingt dix-neuf coups, désireux de nous présenter la polonaise élue, peut-être de son cœur, de son intellect en tout cas, qui avait longuement parlé à sa dulcinée de ses différents amis.

Elle put ainsi facilement mettre des noms et des visages sur des actes et des définitions, sur la femme qui venait de se marier, sur celui qui était un fan de football invétéré, sur celle qui travaillait dans une banque…

Puis, quand vint mon tour et qu’elle se campa devant moi en entendant mon prénom elle me regarda longuement avec une sorte de hochement de tête avant de dire : « So, you’re the one who’s living like there’s no tomorrow… ». *

 

Sept ans plus tard et à peine quelques cicatrices de plus, au cœur et à l’âme surtout, il est temps de rétablir la vérité sur celui que tout le monde pensait suicidaire au point qu’il s’est mit à le croire lui-même en mordant le canon.

Il ne faut pas confondre le désespoir qui entrave les actes et rend les gens impuissants face à la vision de leur propre enlisement et ce qui peut sembler une permanente mise en danger mais est une profonde et féroce soif de vivre, intensément, à l’opposé d’un comportement suicidaire.

J’aime me sentir grisé par une vitesse excessive sur mon vélo en montagne, mais je n’ai jamais attendu que l’Etat se donne bonne conscience à travers de timides recommandations pour moi-même porter un casque.

 

Voilà ce que les gens se demandent : pourquoi ne suis-je pas installé confortablement dans une petite vie monotone entre une sortie en magasin et une soirée Trivial Pursuit avec mes amis trentenaires mariés ?

Pourquoi être toujours sur le départ, pourquoi vouloir tout essayer, pourquoi passer mon temps entre de multiples projets que je dois mener de front au détriment du peu de sommeil qu’il me reste après les soirées dehors ?

 

Aussi loin que je remonte dans mon passé, mes premiers souvenirs du milieu hospitalier m’ont apporté un éclairage cru et nouveau sur cette inextinguible brasier qui consume mon cœur, cette soif que seule la découverte peut étancher.

J’ai six ans, tout va parfaitement bien et, d’un coup, je me retrouve enfermé loin de mes parents à qui l’on annonce mon décès imminent, passant des batteries de tests inutiles endant des jours.

Mais rien.

Il faudra attendre plus de huit ans pour que je daigne mourir avant de renaître, puis quinze de plus pour une nouvelle résurrection, chaque fois parti un peu plus loin mais surtout chaque fois un peu plus conscient de ma propre mortalité et de celle des autres.

Le jour où pour la première fois vous voyez la fillette sur laquelle vous aviez reporté votre attention afin d’oublier votre douleur s’éteindre sous vos yeux vous comprenez que la vie sera cruelle, parfois injuste, qu’elle pourra être courte et qu’il va falloir la prendre à la gorge et la presser pour en exprimer les sucs délicieux cachés dans la moelle.

 

Alors à peine relevé de ce lit à l’odeur de mort j’ai commencé à vivre, pour moi, pour les autres, non pour l’argent, non pour la tranquillité, mais pour vivre.

 

Je vis comme si il n’y avait pas de lendemain ? Rien n’est plus faux. J’ai simplement conscience que c’est une possibilité, c’est pourquoi chaque seconde de bonheur est bonne à prendre. Pourtant, mes réels projets sont, comme la plupart des projets, solidement ancrés dans le long terme.

Et tous ces projets qui semblent anodins en sont les pierres de fondation, ces expériences qui me rendent meilleur, plus fort, plus érudit ou plus sensible.

L’overdose de sport que je m’inflige est mûrement réfléchie et, loin d’user mon corps, le renforce et le prépare aux épreuves à venir, aux voyages, à certaines activités.

Ces activités et ces voyages que je pourrai ainsi entreprendre auront comme ce fut toujours le cas comme conséquence directe d’améliorer ma perception du monde, des gens, de moi-même et d’augmenter ma culture et, pourquoi pas, ma confiance en la vie.

Doctus cum libro, comme disait mon vieux professeur de latin. Nonobstant, ma « culture » ne vient pas que des livres. Elle vient principalement de mes mouvements, de ces autres électrons libres humains rencontrés un peu partout avec qui nous nous sommes mutuellement arraché des bribes de connaissance et d’expérience, que ce soient les vieux sages écoutés au coin du feu sans mot-dire dans mon enfance, des tavernières de l’autre côté de la Terre ou des jeunes qui semblaient au premier abord inintéressants rencontrés dans les plus improbables soirées de débauche.

 

Chaque fois que je prends une bouchée de ce fruit délicieux qu’est la vie, tout en me rappelant à quel point j’ai du m’agripper à elle, j’emmagasine une énergie qui me servira à concrétiser des rêves, à réaliser de grands projets seul ou à deux, voire à aider les autres à réaliser les leurs.

Etre techniquement préparé et fort physiquement et moralement pour surmonter, dominer, des affrontements avec les forces les plus déchainées de la nature ou de nos cœurs à l’éducation d’un enfant ou la tenue d’une maison.

Personne n’aurait pu voir l’intérêt d’Amundsen à partir vivre un temps parmi les Inuits pour apprendre leur manière de vivre. Mais le monde entier devrait se souvenir que c’est grâce à ça qu’il a conquis l’imprenable Pôle Sud.

Mais Amundsen avait d’autres qualités nécessaires pour cela et savait que la réalisation d’un si grand projet passait par de petites étapes, par le recul nécessaire pour renoncer temporairement et surtout par une vision aussi bien à court qu’à moyen ou long terme.

 

Non, je ne vis pas comme si demain n’existait pas. J’ai seulement pleinement conscience qu’il ne mérite pas de me priver de toute trace de bonheur, bien au contraire. Si je dois rencontrer un destin heureux ou bien ma mort, autant l’affronter avec le sourire, et sans rien regretter.

Ce qui fait que l’immense majorité des gens ne connaitront jamais le bonheur vient des entraves qu’ils se posent eux-mêmes.

Combien ils regretteront au seuil de leur mort quand, encore baignés d’ignorance, ils se demanderont ce qui se serait passé si ils avaient osé sauter dans le vide quand c’était nécessaire, armés de leur seule confiance.

Se débarrasser de ses peurs, voilà une pierre importante de la voie pavée qui mène au bonheur. La liberté d’agir dans le sens qui nous semble juste ou constructif plutôt que de se morfondre dans une passivité timorée.

Être prêt à abandonner tout ce qui est matériel, voire en une certaine mesure affectif, quand la nécessité se présente. Ne pas craindre d’être soi-même et ne jamais, jamais se soucier du regard des autres.

 

Et ne pas craindre de les heurter, que ce soit pour préserver notre personnalité ou pour leur propre bien.

 

La culpabilité est, avec la peur d’agir, l’une des entraves les plus fortes. C’est notre volonté, souvent par la faute d’une trop forte empathie, à nous placer en victime pour être plaints au même titre que ceux que nous faisons souffrir. Pour avoir vécu de longues années avec ce sentiment j’ai vu ce que les gens peuvent en faire pour nous asservir, nous garder à leur merci et nous empêcher de nous envoler nous-mêmes.

J’aurai toujours des regrets et parfois des remords, s’il est inutile de dire que les premiers sont préférables aux seconds, les deux existent cependant dans la vie de chacun de nous.

Mais se débarrasser de cette culpabilité a supprimé ces rênes que les autres pouvaient empoigner et qui m’empêchaient de trouver le bonheur par moi-même, m’astreignaient à le chercher au travers de celui que je leur apportais par peur qu’on puisse me reprocher à moi d’avoir brisé leurs rêves.

 

Pour autant, jeter aux orties cette notion de culpabilité ne fait pas de moi un monstre sans cœur apte à faire ce que bon lui semble sans aucun remord. Car j’ai une conscience et surtout je sais reconnaître mes erreurs. Mais lorsque l’on fait des erreurs il n’est jamais trop tard pour les réaliser et, surtout, en tirer les leçons afin de ne plus les reproduire et d’épargner ceux qui croiseront encore notre chemin.

Je pense qu’un homme se reconnaît à travers sa capacité à assumer ses actes. Ainsi, en me sentant coupable, n’importe qui peut avoir une prise sur moi et me forcer à penser que ses agissements sont de mon fait afin de s’épargner la charge d’assumer ses propres échecs.

Les autres peuvent choisir de se laisser influencer par nous mais n’ont en aucun cas à nous le reprocher car leurs actes sont de leur fait uniquement et ils décident de leur vie en leurs âme et conscience.

La réciprocité que je pratique vient du fait que je n’ai jamais cédé à certaines formes de chantage pour changer mes projets ou ma façon d’être, car c’est ce qui fait de moi ce que je suis et car je hais tellement cette utilisation que l’on fait du sentiment de culpabilité que je refuse de l’utiliser contre un tiers en lui reprochant d’avoir brisé mes rêves alors que je suis seul maître de mon destin.

 

Je n’arrêterai jamais d’aller de l’avant. Pas de fuir, non, mais d’avancer sans remords vers le bonheur ou un hypothétique accomplissement.

Sans peur de la mort ni même de la souffrance, sans sentiment de culpabilité envers ceux qui avaient trop peur de foncer ou trop peu de force pour persister dans leur voie, mais avec au contraire du respect de la compassion pour ceux qui auront tenté de toutes leurs forces sans forcément y arriver, en tentant d’aider ceux-là du mieux que je peux, j’avancerai.

 

Chaque jour m’apporte une nouvelle pierre. Chaque jour je tente de m’améliorer.

Que les gens pensent que je vis comme un reclus, que j’abandonne les autres, que je perds mon temps dans de vains projets physiques ou linguistiques… J’ai toujours refusé d’abandonner ce qui fait de moi ce que je suis et, sous cette apparence à mi-chemin entre l’ermite contemplatif et le noceur invétéré, j’ai des projets plein la tête, réfléchis, planifiés, se mettant en place pièce après pièce. Et je sais que je les réaliserai ou mourrai en essayant car il ne faut jamais abandonner, il faut affronter les épreuves sans se cacher derrière les autres pour trouver un prétexte pour abandonner à la première difficulté et, enfin, faire fi du regard de ceux qui nous reprochent de nous éparpiller en futiles projets au lieu, comme eux, de réaliser ce rêve fou et pour eux merveilleux de s’endetter pour pouvoir rentrer tous les soirs s’affaler devant leur télévision en rêvant d’être de l’autre côté de l’écran.

 

Je ne sais pas trop ce qui passait à la télé ce soir d’ailleurs, mais ce que je sais c’est que demain j’aurai quelques grammes de muscle en plus, j’aurai appris quelques mots supplémentaires et je me lèverai avec un regard légèrement plus lucide sur certains projets.

 

 

A suivre…

 

 

* “Ainsi, tu es celui qui vit comme s’il n’y avait pas de lendemain…”

Toujours.

Dans l’épreuve tu te révèles.

N’abandonne jamais.

Solitude

Living alone,

I think of all the friends I’ve known,

But when I dial the telephone,

Nobody’s home.

 

Eric Carmen – All by myself

 

La solitude ne se choisit pas. La solitude ne se subit pas. La solitude ne se surmonte pas.

Elle se vit.

J’avais pensé l’avoir choisie, pour de bonnes raison, mais il m’apparaît maintenant clairement que c’est elle qui s’est emparée de moi. Pas forcément avec de mauvaises intentions mais avec cette indifférence à la souffrance qui la caractérise tout particulièrement.

Je ne sais pas si c’est moi qui ai décidé de l’inviter pour m’aider à gérer tous ces projets un peu fous et protéger le recueillement dont j’avais besoin afin de progresser, ou bien si c’est elle qui a profité du fait que je me détache progressivement des autres pour entrer dans ma vie de façon insidieuse.

Ce que je sais c’est que si elle me pèse parfois, comme ces jours gris où j’aimerais pouvoir être avec quelqu’un pour lui faire découvrir qu’il reste de la beauté dans ce monde et qu’une multitude de possibilités s’offrent à nous pour peu qu’on tende la main, bien souvent j’ai appris à profiter de sa présence vide pour mettre à profit le temps qu’elle m’accorde.

Il y a deux façons de l’appréhender.

Soit en victime, la subissant comme si c’était-elle qui voulait nous maintenir dans cet état et cherchant à tout prix à la fuir. On retrouve dans ce cas tous ceux qui en ont peur, peur d’être seul, peur de ne plus avoir d’attention braquée sur eux.

Ceux-là ont plus à prendre qu’à donner et tentent de combler ce manque qu’ils ressentent de diverses façons, en surconsommant le programme de lénification, comprenez par là de contrôle des masses, mis en place à la télévision et dans bon nombre de médias modernes, en surconsommant dans tous les domaines, nourriture, sexe, volonté d’acheter et posséder exacerbée justement par les dits médias, en recherchant absolument la présence d’un ou d’une autre, même si cette présence est inadaptée et l’enserre encore plus dans une forme perverse de solitude partagée.

Les exemples sont malheureusement nombreux dans mon entourage de personnes qui ont tenté de former des relations toutes plus bancales par simple peur d’être seul ou par sentiment de culpabilité ou empathie en imaginant la solitude de l’autre, ce qui au final n’aboutit à chaque fois qu’à une inutile souffrance précédant un isolement plus grand encore.

Il est étrange que les humains qui sont à la fois l’animal le plus grégaire et le plus individualiste, plus grand paradoxe vivant, soient à la fois prêts à sacrifier ce soi-disant individualisme par peur d’être seul mais le laissent s’exprimer au détriment de ces liens qu’ils tentent de tisser afin d’apaiser leur peur et de rehausser leur estime de soi en vivant à travers le regard des autres.

On peut cependant embrasser cette solitude de façon créative.

Le recueillement a toujours fait partie intégrante de la vie de tous ceux qui souhaitent méditer, continuer de rechercher un peu de sagesse ou s’améliorer, humainement, mentalement ou physiquement.

Ceux qui s’abandonnent à la solitude sans peur sont capables de faire abstraction d’un bonheur fugace pour œuvrer à en trouver un plus profond, d’abandonner cette dépendance au plaisir d’être entouré et flatté, cajolé ou soutenu.

Car oui, il faut une certaine confiance en soi pour accepter ce don d’un temps précieux mais au cours duquel personne ne sera là pour nous soutenir et, surtout, nous admirer, nous flatter, nous stimuler par diverses promesses qu’elles soient tenues ou non.

Une fois l’esprit débarrassé des préoccupations sociales, ces moments de disponibilité extrême peuvent alors être mis à profit de façon extrêmement créative afin de se consacrer à sa propre amélioration et ainsi renforcer de façon non seulement tangible mais surtout durable son estime de soi et sa confiance.

Ceux qui ont appris à mettre leur isolement à profit voient s’ouvrir devant eux une pléiade d’opportunités dans tous les domaines et peuvent se consacrer pêle-mêle à l’art, à leur culture et leur logique, à l’amélioration de leur corps comme celle de leur psychisme ou de leurs valeurs, en gros capitaliser sur chaque moment vécu pour soi afin de créer quelque chose.

De la peinture au bricolage, de la lecture au sport et en maintenant des phases de repos qui seront consacrées à la méditation et l’introspection, cette dernière devant se faire avec un réel sens de la remise en question, ces Hommes peuvent alors avancer et augmenter leur chance d’accéder au bonheur, ne serait-ce que par la confiance et la satisfaction qu’ils finiront par avoir en regardant leur œuvre.

Mais la solitude est pesante même pour l’esprit le plus concentré et créatif.

Des manques physiques, sociaux, le désir d’un corps contre le sien ou d’une oreille attentive nous poussent souvent à vouloir la briser avec toujours comme solution évidente la quête effrénée de l’amour.

Mais si l’on cherche l’amour de façon aussi intense uniquement par peur de la solitude, comment alors trouver au fond de soi un amour réellement pur ?

Comment se dire qu’on ne sera pas de nouveau seul, plus seul encore, dans quelques années si cet amour n’est qu’une soif de lien, l’envie d’une présence rassurante et gratifiante à ses côtés ?

Ces longues phases de solitude si elles sont correctement exploitées doivent nous permettre de prendre du recul et de savoir non seulement juger et jauger ses propres sentiments mais aussi acquérir la confiance et la force nécessaire pour vivre avec celui ou celle qu’on aime non pas pour prendre mais pour donner, pour être là, solide et indépendant, confiant en toute chose car si on est capable de surmonter seul les épreuves qui parsèment notre chemin on pourra plus facilement aider l’autre à les surmonter.

Chaque jour est difficile, chaque jour je repense à des époques différentes, des visages oubliés, je repense à ces amis qui sont toujours là, présents, et me reprochent d’avoir moi-même disparu.

Mon cœur est souvent lourd de ne pas pouvoir être avec eux, à rire en permanence autour d’un verre, et plus lourd encore de ne pas être avec celle que j’aime.

Mais ce but unique est gravé dans mon esprit : devenir meilleur, afin de me laver de mes propres erreurs passées dans un torrent d’effort, d’acquérir chaque jour un peu plus de sagesse et de savoir, renforcer mon corps et mon âme pour devenir ce rocher inébranlable qui brise les lames des tempêtes que la vie nous inflige, regarder ma vie d’en haut avec fierté et mériter enfin cet amour unique et ce bonheur le plus parfait possible.

Oui, la solitude est peut-être ma plus grande alliée dans cet ultime projet de devenir quelqu’un, non pour la gloire mais pour en être fier et rendre quelqu’un fier, le recueillement, l’effort, enfouir mes souffrances et ma haine et les brûler comme combustible dans ce moteur au fond de mon être. Ne reculer devant aucun sacrifice au profit d’un plaisir éphémère et aller jusqu’à mourir une fois de plus si c’est nécessaire.

Mes journées n’ont jamais été aussi chargées que depuis que j’ai décidé de m’isoler et la mélancolie qui avait pris place peu-à-peu après l’euphorie du début cède enfin la place à la satisfaction de voir des projets aboutir et une multitude d’autres naître.

Maintenant je dois apprendre à ignorer ce vide dans ma vie en acceptant le fait qu’il ne soit qu’éphémère afin de ne plus penser à mon statut même de solitaire et ainsi me consacrer plus ardemment encore, au maximum de mes possibilités temporelles, à devenir celui dont je sais d’avance que j’en serai fier.

A suivre.

« Ces paroles enfermées que l’on n’a pas su dire, ces regards insistants que l’on n’a pas compris
Ces appels évidents, ces lueurs tardives, ces morsures aux regrets qui se livrent à la nuit »

J.J. Goldman

Je préfère avoir des regrets que des remords.

Peut-être ai-je enfin réussi à évoluer ? Voilà en effet que je me mets à éviter les bouteilles alors qu’elles étaient mon meilleur recours contre ces douleurs qui me rongent perpétuellement ce que les monothéistes appellent « l’âme ».

Quoiqu’il arrive dans la vie, nous devons toujours tendre au maximum vers l’honnêteté et la droiture. Il en découle cependant souvent des souffrances et des malaises qui ne s’estompent pas facilement, voire jamais chez les mélancoliques.

J’ai pensé qu’il serait facile de refouler mes sentiments, de les submerger sous un nappage écœurant de sens du devoir et d’altruisme à faire pâlir de jalousie un héros en jean immaculé de western américain puritain des années cinquante.

Placé devant une troublante réciprocité, je ne peux plus que mobiliser l’ensemble de ce sang-froid qui a naguère fait ma fierté dans l’unique but de ne pas céder à mes propres sentiments, de blinder cette porte derrière laquelle j’avais depuis longtemps confiné l’Ennemi Dans Le Miroir alors même qu’il recommence à tenter de l’enfoncer.

Oh, bien sur les temps ont changé et il ne cherche plus à me mentir ni à me leurrer pour m’attirer dans d’improbables relations basées sur les quiproquos et la dissimulation, j’ai au moins gagné cette qualité qu’est le discernement et je sais faire la différence entre un émoi d’adolescent et une profonde attirance mêlée de respect. Mais il arrive encore à souffler sur les braises de cet égoïsme qui me pousse à aspirer désespérément à un bonheur peut-être fugace au détriment de la vie des autres, de leur propre bonheur et de mon estime de moi.

Je n’ai plus d’autre choix que de me torturer l’esprit des jours durant, à jeun, afin de démêler les fils d’un destin qui n’est même pas encore fixé, enchevêtré dans mes sentiments et mes peurs, mes inhibitions et mes pulsions.

Finalement rendu certain de la pureté de mes intentions, fruit heureux bien qu’inattendu d’un corps meurtri et mécanisé, le sol se déroule sous mes pieds car la seule attitude honorable devient évidente. Au-dessus des affres de la solitude il y a la raison, l’abnégation, le devoir et, surtout, la volonté de laisser une histoire suivre son cours pour, dans le doute, ne plus risquer de briser quoi que ce soit.

Mais même avec le cœur le plus froid, une logique et un pragmatisme implacables, toujours restera cette brûlure : ne pas savoir ce que ça aurait pu-être et si ce choix était le bon où si l’on a définitivement tourné le dos à ce que l’on continuera de chercher désespérément.

A l’heure sombre où le voile qui nous sépare de la Déesse se fait ténu, les prières ont soi-disant plus de chances de lui parvenir.

Des gens prient pour un amour, pour être réunis, pour que la vie les rapproche quelles qu’en soient les conséquences.

Mais quand on aime quelqu’un, sincèrement, on ne prie pas pour qu’elle vienne chercher le bonheur auprès de nous. On prie pour qu’elle le trouve, là où elle le désire.

Speed

170 Km/h.

Somme toute c’est assez peu.

170 Km/h dans des ruelles parisiennes étroites, la vision qui se brouille, au moins deux grammes dans le sang, le rugissement du “petit” deux litres BMW sous le capot, les trainées lumineuses laissées par les réverbères et autres sources d’émerveillement lumineuses de cette nuit trop arrosée.

Oh, je suis sur de mes mains, même dans cet état second que je n’ai pas connu depuis longtemps. Une bonne, une très bonne soirée mais, malgré tout, tout remonte, coomme d’habitude, à la surface.

Je veux me sentir vivre une dernière fois mais n’aspire comme toujours qu’à la mort, la mienne m’importe peu, l’ayant déjà embrassée. Celle des autres ? Encore moins. Comment pourraient-ils m’intéresser eux qui ne servent à rien d’autre qu’à exister…

Une connaissance a ramené une précieuse amie quelques heures plus tôt, quelques verres de rhum plus tôt. C’est là que la peur au ventre je scrutais mon téléphone en attente de son message d’arrivée.

Mais maintenant plus rien de tout celà m’importe. Juste cette vitesse, ces réflexes qui semblent ressortir malgré l’esprit embrumé et cette vision, double, floue, de la ligne blanche.

Un respect scrupuleux de toutes les règles du code. Les flics sont là, nous allons faire profil bas, mais plus loin revient ce plaisir, cette sensation lorsque l’accélération nous colle dans le baquet.

Ce soir, tu aurais pu être fatigué et, dans ta familliale avec tes enfants, oublier de marquer le stop.

Ce soir tout aurait pu finir pour toi et les tiens dans un fracas de tôle et de chair.

J’ai parfois du mal à vivre avec moi-même. J’essaye d’être bon. Je ne connais rien de plus dur.

Moutons

« Salauds de
pauvres ! » – Grandgil, La Traversée de Paris.

 « Suiveur, n.m.
singulier, celui qui suit, celui qui se borne à suivre sans ne jamais prendre
d’initiative, personne qui suit une course à titre professionnel » -
le-dictionnaire.com

 « Suiveur, n.m.
singulier, celui qui panique et prend comme acquis tout ce qui sort de la
bouche d’un présentateur télé, apportant ainsi sa propre contribution au chaos
organisé. » – Moi-même.

 « Un ramassis de
beaufs, l’air suffisant, le ventre en avant » – Mon père, concernant les
suiveurs de chasse-à-courre.

 

 Nous sommes en France, le quatorze octobre de l’an de
disgrâce deux-mille dix.

Le pays a besoin de réformes, le reste du monde nous raille,
le patronat ne souhaite pas lâcher ses privilèges, le gouvernement ne souhaite
pas lâcher ses privilèges, les syndicats ne souhaitent pas lâcher leur
privilèges, le peuple ne souhaite pas lâcher ses privilèges même si il ne sait
pas très clairement lesquels sont-ce…

 

Notre héros (qui se trouve être fort-à-propos votre
serviteur) est pris, avec sa mère, dans le tourbillon d’une des plus
constructives révolutions.

Un despote qui, de toute façon, campera sur ses positions.

Des manifestants qui entravent la vie quotidienne de leurs
concitoyens – et non celle du gouvernement – sans comprendre que, le couteau
déjà sous la gorge car étant une nouvelle génération de révolutionnaires mous
avec téléviseur « full-HD » et crédits assortis, leur situation
financière mensuelle risque de leur coûter leur trois prochaines années de
vacances à la Grande Motte.

Une réforme qui est déjà implicitement votée par un sénat où
diverses factions politiques consanguines tentent de nous faire croire qu’elles
s’opposent pour la plus grande distraction du peuple.

Des syndicats qui… Et bien, ne viens-je justement pas de
parler de la consanguinité des diverses factions concernées ?

Et enfin des lycéens errant sans but ni organisation dans
les ruelles en attendant de repiquer leur année ou, au mieux, de retourner se
vautrer devant la télévision « full-HD » susmentionnée car la France est une grande
famille.

 

Devant la paralysie exceptionnelle des transports de sa
ville (un RER sur quatre, contre un RER sur quatre en temps normal) et de la
proche capitale (un Vélib’ sur douze avec la borne allumée en rouge), notre
héros, mort d’inquiétude devant sa télévision « Full-HD » (et oui,
moi aussi, mais je me contentais de regarder « Pitch Black », ne me
faisant aucune illusion quand au contenu intellectuel du bien nommé PAF que je
ratais certainement), glisse discrètement à sa mère : « Tiens,
peut-être devrais-je aller faire le plein, je n’ai quasiment plus de carburant
et si, par malheur, le seul et unique train pour rentrer dans ta lointaine
contrée pour voir ton médecin venait à être annulé, je serais plus que ravi de
participer au meurtre d’un ours polaire en t’y emmenant dans mon puissant
bolide. »

 

Seulement voilà, un repas chaud et cinquante cadavres de
chauve-souris-requin-marteau extraterrestre plus tard, la somnolence me
guettant, j’eus l’inconscience de proférer ces paroles désormais
maudites : « Ouah, j’suis crevé moi, j’irai faire le plein plus
tard ».

« Plus tard » étant, chez le fainéant adepte de la
procrastination, mouvance culturelle issue du Grunge et des précédentes
tentatives de révolution par la génération télé, et dont je suis fier d’être un
des principaux représentants, une unité de temps qui se situe entre
vingt-quatre et huit-mille sept-cent soixante heures, je me retrouvais devant
le même écran le lendemain soir, cette fois devant le journal gouvernem…
télévisé je veux dire, afin de me tenir informé du pourrissement de la
situation.

A l’image, une nouvelle tête blonde de l’information, dont
le nom m’échappe vu ma non-assiduité aux cours de culture télévisuelle et aux
compétitions de léchage de photos people, retransmet consciencieusement son
petit texte supposément rassurant, même si je soupçonne que le secrétaire d’Etat
qui le lui a écrit avait plutôt en tête de provoquer un pourrissement (je sais,
c’est une redondance) afin de monter les citoyens non-grévistes contre les
citoyens non-travailleurs. Notez que je n’utiliserai pas le terme de citoyen
gréviste, non que le fait de faire grève ne soit pas citoyen, bien au
contraire, mais que, ayant moi-même vécu une grève de l’intérieur, je suis bien
placé pour savoir qu’un certain nombre se déclarent grévistes auprès des
syndicats mais en arrêt maladie auprès du patronat. On obtient ainsi une
apparence de solidarité, avec prise en charge par la Sécurité Sociale
au bout de quarante-huit heures, moins selon certaines conventions.

 

A l’écoute de son discours, mes yeux s’agrandirent
d’épouvante : « […]blablabla… rumeur… entament une nouvelle journée
d’action… bla… néologisme journalistique… bla… à l’appel des syndicats… bla…
faute de liaison journalistique… bla… BLOCAGE des dépôts de CARBURANT. La FERMETURE de presque
TOUTES les RAFFINERIES… Blabla… Faute de liaison… air consterné… [..] »

Et de finir par le coup de grâce : « Même si
aucune PENURIE n’est à redouter POUR LE MOMENT. »

J’insiste sur les majuscules. Je le surlignerais même en
gras si je n’étais pas à ce point opposé au gras que je ne mange plus ou
presque de cochonnaille. Les mots sur lesquels j’insiste sont très importants
quand on connaît un minimum la subjectivité de l’oreille moyenne (pas au sens
physiologique du terme) en ce qui concerne le tri des informations d’ordre
apocalyptique.

 

Et oui, à ce moment même, partout en France, dans des
centaines de cerveaux une idée fait son chemin, insidieuse : « Jamais
je n’aurais assez de carburant pour aller au boulot, il faut que je fasse le
plein ».

Dans des milliers d’autres : « Jamais je n’aurais
assez de carburant pour partir en vacances à la Toussaint, il faut que
je complète mon demi-plein ! »

Dans des millions d’autres encore : « Euuuh… Bah
comment que j’fais pour aller faire mon PMU dans la rue d’à côté ? Faut
qu’j’va remettre dix litres dans le monospace ! »

Et dans le mien, encore subjugué par la sournoiserie de
cette petite journaliste et des ignobles pantins cachés derrière :
« Jamais je ne réussirai à trouver du carburant avant que les pompes ne
soient vidées par les six millions de beaufs qui doivent maintenant penser que
la pénurie est imminente et que les Russes arrivent. »

 

Prenant mon courage à deux mains et, merci les sources
d’énergies modernes, mes clefs de voiture dans la troisième, je me lançai alors
dans ce qui deviendrait bientôt pour tous dans ce pays une quête violente et
désespérée.

Arrivant rapidement (je ferai bientôt ici un cours sur
l’influence du niveau de carburant sur la vitesse relative d’un véhicule, avec
des chiffres, des jolis symboles et des mots compliqués utilisés totalement
hors-contexte) au centre commercial tout proche, je me rendis immédiatement
compte que les cuistres avaient déjà fermé toutes les pompes distribuant le
précieux or jaunâtre poisseux et nauséabond (quand on connaît le diesel, on ne
peut décemment pas parler d’or noir).

Ne perdant pas ma résolution de ne pas laisser ma mère à la
merci de la Société Nationale
des Chemins de Fer, ce qui fera d’ailleurs l’objet d’un développement ultérieur
quelques paragraphes plus loin, je me jetais à corps, ou plutôt à carrosserie
perdue, sur les routes de France en quête d’une hypothétique station-service
ouverte.

Evidemment, je me fais mousser un peu. Le premier soir ne
fut pas si horrible que ça, la pénurie n’existant pas et la masse irrationnelle
n’ayant pas encore pu la déclencher, mon deuxième essai fut le bon.

Dans mon raisonnement, les stations proposant le carburant
le plus cher seraient les dernières prises d’assaut, ce qui m’arrangeait vu que
je suis devenu récemment un inconditionnel du Diesel V-Power de chez Shell à
qui je me permets de faire de la publicité ici-même malgré tous mes principes
car, c’est vrai, il fait consommer étonnamment moins, ce qui est bon pour la
planète, donc pour l’homme, donc pour le racisme, la religion, le trafic d’arme
et de femmes et la guerre, en somme bon pour moi car sinon, éternel
misanthrope, de quoi parlerais-je ?

 

Mon arrêt dans cette station merveilleuse de la petite
station balnéaire de Rosny sous Bois, Ile de France, me permit de faire un
grand nombre de constatations.

Déjà, malgré l’heure tardive, le diesel était pris d’assaut,
même le V-Power coulait à flots dans les BMW grâce aux importants revenus que
génère l’économie souterraine pour nos bons p’tits gars du coin.

Ayant un plein presque complet à effectuer, cela me prit un
certain temps. Les gens se succédaient donc derrière moi, s’impatientaient,
puis reculaient et passaient sur la pompe d’à côté. En effet, la plupart des
automobilistes n’avaient que quelques litres à mettre pour un plein débordant,
souvent accompagné de dix ou vingt litres dans un Jerrycan.

« Hum, ça stocke. » me dis-je en français et en
moi-même.

 

Le lendemain, ma compagne et moi nous rendîmes à la
boulangerie avec un ami récupéré au passage à la gare, ce qui fait en gros une
heure et demie de marche, durée plus que raisonnable pour un samedi qui me
permet d’entretenir cette magnifique silhouette de vieux loup famélique et
m’amène à penser que si dix millions de mes cons-patriotes se rendant à la
boulangerie au même moment en voiture avaient fait la même chose nous aurions
déjà économisé précisément d’après mes savants calculs cinq millions six-cent
mille litres de carburant.

Sur le chemin du retour, nous constatâmes tous trois que
déjà des files ininterrompues de voitures bloquaient rues et carrefours dans
l’espoir de compléter leur réservoir avant l’arrivée imminente de la troisième
guerre mondiale. Et ce schéma allait se répéter encore et encore, avec
l’apparition, ou plutôt l’exacerbation d’une agressivité préexistante chez
l’automobiliste moyen.

 

Irrationnel.

C’est le terme exact que j’entendis quelques jours plus tard
à la télévision, de la bouche d’un automobiliste cherchant à faire le plein
pour un déplacement et qui comme moi enrageait de voir les gens se mettre à
stocker des hectolitres du précieux liquide comme si ils n’auraient que ça à
manger pendant l’inévitable hiver nucléaire qui allait accompagner le vote de
la réforme des retraites.

 

Je vais m’efforcer de faire court pour la prochaine
transition car, maintenant que j’ai planté le décor post-apocalyptique dans
lequel les journalistes veulent nous faire croire que nous nous enfonçons vu
que, comme c’est le cas pour moi, le malheur est leur fond de commerce, je
doute que l’ensemble de nos tribulations du samedi soir où se mêlent œufs
surprises en chocolat remplis de ptérodactyles en plastique rouge et tartes au
pommes durement acquises n’intéressent mes rares lecteurs.

Je crains même que l’excès de virgules et parenthèses ne
finissent par lasser ces derniers, voire à les pousser au suicide pour les plus
fragiles d’entre eux.

 

Nous voici donc le dimanche, jour du seigneur pour ceux qui
ont brûlé et violé mes ancêtres, ainsi que pour ceux de mes ancêtres qui ont
brûlé et violé ces derniers. La vie est un gigantesque et maléfique ouroboros.
J’eus pu dire éternel si je n’avais craint de tomber dans le pléonasme.

Après avoir vaillamment lutté pour trouver une entrée à la
gare d’Austerlitz, des élagages ayant lieu juste devant l’entrée principale, et
m’être acquitté du honteux montant du parking, je me dirige au côté de ma mère,
son bagage et ma compagne, vers les horaires de départ.

Devant l’absence manifeste du train qu’elle devait prendre
(ma mère) nous nous dirigeons vers l’accueil qui nous redirige lui-même vers
les guichets commerciaux censés nous rembourser. Le verbe «diriger » est
parfois tellement usité dans le contexte des sociétés nationales qu’on se
croirait dans une compétition d’aérostiers.

Après une queue somme toute assez rapide malgré la
cinquantaine de personnes qui attendaient d’être remboursées nous nous
retrouvons devant une employée dont je salue la sympathie malgré le fait que,
désolée, elle n’ait pas pu rembourser la totalité du voyage de retour de ma
mère, bloquée qu’elle était par l’ignoble système totalitaire de l’ordinateur
capitaliste qui l’avait réduit en esclavage.

Oui, il vaut mieux savoir que si vous prenez un billet
découverte auprès de la SNCF
et que cette dernière annule elle-même votre retour, elle ne vous en
remboursera même pas la moitié.

Si l’on y ajoute le prix du parking et le carburant pour
l’aller-retour à la maison, on peut donc considérer que la compagnie
ferroviaire susmentionnée est capable de vous faire payer le prix d’un billet
pour vous rendre de votre salon (où le billet était initialement et jalousement
gardé) à votre cuisine (où ledit billet fut sans ménagement précipité dans les
tréfonds de la corbeille).

 

Nous repartons ensuite vers la demeure familiale (que c’est
beau décrit comme ça, un pavillon de banlieue), avant de nous jeter, de nouveau
à carrosserie perdue mais à cent kilomètres à l’heure maximum dans un souci
d’économie, sur la route du sud, de l’Auvergne, de l’espoir d’une zone moins
civilisée et ainsi peut-être moins soumise à la folie générale.

 

L’horreur se poursuivait cependant même dans les stations
services les plus reculées de l’Autoroute de l’Arbre qui, malgré sa faible
fréquentation, voyait ses voies de sortie en direction des rares aires de repos
dotées de stations-service saturées de véhicules aux conducteurs hargneux
impatients de remettre quelques gouttes de carburant.

 

Quelques gouttes de carburant. Cette expression est, je
pense, indispensable pour décrire les origines du malaise que nous vivons
depuis plusieurs jours.

En effet, un plein me permet de faire un aller-retour au fin
fond de l’Allier ou de tenir un mois ou plus en région parisienne, même en
temps de grève (merci le vélo et les chaussures de skate). Cependant ces
derniers temps ont vu la recrudescence de pillards paniqués qui errent de pompe
en pompe en rajoutant à chaque fois dix litres, comme des poissons asphyxiés
tentant de grappiller quelques respirations, mais ne se rendant pas compte que
c’est leur propre psychose qui engendre ce désastre, que les stocks
initialement suffisants s’écroulent devant une demande anticipée d’au moins une
semaine, devant des tirages de carburant plus que superflus, jerrycans de dix,
vingt, deux fois vingt-cinq litres remplis à chaque station encore ouverte.

 

Arrivé dans une zone qui me paraissait sinistrée, toutes les
stations à sec, je commençais à me dire que malgré ma faible consommation mes
chances de revenir étaient aussi minces qu’une tranche de viande dans un
restaurant parisien car, bien qu’ayant un peu plus d’un demi-réservoir pour
rentrer et ne comptant pas utiliser mon véhicule sur place, je risquais
cependant encore de me heurter à d’éventuels barrages routiers qui feraient
inutilement couler le diesel.

Quelle ne fut pourtant pas ma surprise au moment du journal
du soir de voir en grand sur la télévision « full-HD » de mes parents
(et oui, même eux, saleté de société de consommation qui nous oblige à vivre
dans le confort et le luxe alors qu’il est si agréable de dormir sous la pluie
en jouant du djembé pour entretenir sa pneumonie) que notre bien-aimée région
volcanique était épargnée par les pénuries de carburant, toute peinte en vert
qu’elle était sur la carte des pénuries que le gouvernement avait gracieusement
offert à ses chères chaines de télévision.

 

Explication.

 

Chez nous, vu l’état des routes auxiliaires, pas mal de
monde, ces satanés paysans, ces satanés chasseurs, ce satané moi, roulent en
tout-terrain, donc, en toute logique, en diesel.

En toute logique car le diesel est plus coupleux et tolérant
à l’eau, je ne m’explique donc toujours pas l’engouement des richissimes
parisiens pour des quatre-quatre équipés de huit cylindres à essence consommant
environ, et bien, trois fois comme moi. Evidemment, l’avenue des Champs-Elysées
ne nécessite pas trop de couple ni de hauteur de caisse et les passages à gué y
sont rares.

A ce parc bien garni s’ajoute celui des tracteurs et camions
utilisés pour le débardage des grumes (et oui c’est la saison).

Cependant, si la saison est au débardage, elle est aussi à
cette ridiculissime et honteuse activité qu’est la chasse-à-courre.

La chasse-à-courre n’est pas seulement un moyen, en échange
de quatre-mille six-cent euros versés à l’ONF, de mettre à mort de façon
cruelle un des plus beaux mâles reproducteurs de notre cheptel de cerfs
surestimé (si une biche est comptée par trois personnes dans trois champs
successifs, elle sera comptabilisée comme trois biches) en lui lançant aux
trousses une meute de chiens maltraités (Aux quelques traditionnalistes qui
voudraient me faire croire que les chiens de meute sont choyés je leur
demanderai qu’ils arrêtent de ne fréquenter la campagne que lors de leur sortie
mensuelle hors du XVIème arrondissement au côté de leur papa baron-chasseur et
ses amis CEO, car ils aiment leurs titres anglo-saxons.) que suivent d’un
regard jovial une horde de cavaliers grassouillets à la politesse absente et
imbus d’eux-mêmes qui voient dans cette survivance de leur héritage de noblesse
achetée (ou d’empire, ce qui reviens au même) une preuve évidente de leur
supériorité sur le commun des mortels, supériorité heureusement écourtée par le
cholestérol et les cirrhoses.

Non, la chasse-à-courre est aussi une importante source de
revenus pour les lobbys pétroliers grâce aux suiveurs, ces individus qui, à
l’instar de leurs idoles de velours noirs aux cors luisants montés sur de
stupides mais fiers destriers bruns, en plus d’être aussi gras que leur
soi-disant sport le permet, héritent bien souvent d’un titre de chasseur qui me
semble cependant bien plus glorieux dans sa définition Masaï et suivent les
chasses-à-courre en roulant à tombereau ouvert sur les sentiers d’exploitation
qui leur sont interdits, nous forçant, mon appareil photo, ma compagne et
moi-même, à nous jeter dans le fossé à leur passage.

De cette débauche de carburant inutile nait une nouvelle
demande, de cette demande nait un nouveau marché, de ce nouveau marché
renaissent de vieux souvenirs.

 

Car, non content de s’enterrer dans une forme de
contestation inutile de chaque côté qui vise à rejeter l’ensemble des fautes
sur l’autre (alors que ce privilège m’est réservé), on voit réapparaître chez
le français moyen, celui là même qui, il y a à peine quelques dizaines
d’années,  par sa couardise et son
opportunisme a réussi à convaincre mon grand-père de jeter sa croix de guerre
dans la boue, de vieux réflexes que je pensait oubliés mais qui doivent se
transmettre de génération en génération chez nos chers colla… concitoyens.

D’une part, un stockage de masse qui frise l’hystérie et qui
fait que, dès que le camion citerne a rempli les cuves, une file ininterrompue
de véhicules vient rajouter trois précieux litres de carburant et suffisamment
de jerrycans pour tenir jusqu’à la fin de l’année.

D’autre part, plus noir et plus cynique, certains individus
tel un loueur de véhicules montré au journal sous couvert d’anonymat qui revend
du diesel stocké au préalable et facture quarante euros les clients qui ne
rendraient pas le véhicule avec un plein, mais surtout la tenancière de type
Thénardier des hydrocarbures de la petite ville de Cér**ly, un peu plus au sud
dans la forêt.

En effet, mon père eu la malencontreuse idée de vouloir y
quérir vingt litres de carburant afin de me permettre de repartir sans crainte
de faire les cent derniers kilomètres à pied.

Devant son attitude et sa politique commerciale, liée selon
elle à l’évidente pénurie, la demande, la guerre et cætera, et surtout son
refus obstiné de le servir dans un Jerrycan alors qu’il ne souhaitait lui-même
pas remplir son réservoir, ce malgré son explication de ma propre situation, il
comprit bien vite que le précieux liquide était en fait conservé pour les amis.

Pire encore fut le constat du prix affiché pour le
carburant, un euro et QUARANTE ET UN centimes pour un diesel de qualité lambda
sans additif.

La tension montant aussi vite que le prix du gasoil, il lui
lâcha quelques allusions à la merveilleuse adaptation qu’elle aurait eu au
commerce français du tout début des années quarante ainsi que diverses expressions
à caractère sexuel dont elle ne saisit peut-être pas tout de suite la portée
philosophique.

Le lendemain, mon père adoré n’eut même pas à faire la queue
pour remplir son réservoir ET me rapporter mes dix huit litres salvateurs d’or
jaunâtre poisseux et nauséabond, tout simplement, à la pompe automatique du
supermarché qui venait d’être réapprovisionné et pour le tarif relativement
standard d’un euro quinze le litre.

 

Une demi-heure après, les files de tout-terrains des
suiveurs y faisaient déjà la queue.

 

Je n’aime jamais trop me ranger du côté du gouvernement mais
je dois admettre que sur un point il a raison : il n’y a pas de pénurie.
Rien de ce que j’ai pu voir ou constater n’aurait eu lieu si les gens s’étaient
contentés de vivre leur petite vie comme à l’accoutumée.

Une pénurie créée par les citoyens eux-mêmes ? Oui,
surement.

Fomentée par le gouvernement ? Comment dire… Les gens à
sec de carburant qui râlent contre les grévistes, le pays au ralenti focalisé
sur un seul point, des salaires en moins, une réémergence du marché noir, des
tarifs qui vont très certainement exploser dans toutes les stations services
pour au moins trois semaines, je vous laisse tirer vos propres conclusions.

 

Une chose est sure, si le peuple français aurait pu espérer un meilleur
gouvernement, le gouvernement français n’aurait jamais pu espérer meilleur
peuple, à moins bien sur d’avoir été berger. Ou chasseur à courre.

Athée

Pourquoi t’obstines-tu à vouloir que je croie en quelque chose alors qu’il me suffit de croire en toi ?

Et les étoiles ?

Les feuilles gelées craquent sous mes pas.
Le givre scintille dans les rayons de lune.
Mon haleine embrume ma vision.
Péniblement, un pas après l’autre, j’avance.
Je les sens au dessus de moi qui m’observent, se moquent doucement.
Hautaines et lointaines, glaciales et précieuses, les étoiles et la Lune se moquent de moi.
Le monde a basculé dans l’obscurité et pas un bruit n’a survécu.
La Lune darde vers moi ses rayons sans chaleur, m’accable de sa lumière pour me transformer en un pitoyable spectacle d’ombres chinoises.
Les étoiles scintillent, c’est leur façon de rire.
Ce rire cristallin et arrogant de celles qui savent que rien dans l’univers ne peut rivaliser avec leur beauté.
La lumière croit dans ce monde de ténèbres. Les ombres s’étirent, se déplacent, filent plus vite que des spectres devant mes pas.
La Lune hésite. Elle déchire la dentelle des nuages sans délicatesse aucune, mais rien n’y fait.
Elle pâlit.
Ses silencieuses compagnes tremblent dans le ciel, se cachent devant la vague de lumière qui envahit le monde et rayonne maintenant à travers les arbres.
Le givre frémit et s’évapore, les feuilles réchauffées font un tapis moelleux sous mes pieds.
Ni la Lune ni les étoiles ne peuvent plus lutter.
Eclipsées, consumées par une lumière bien plus forte et furieusement jalouses de cette beauté elles se tordent, disparaissent et n’existent même plus dans mon esprit.
Je sens la chaleur dans mon dos qui m’envahit et me libère de l’emprise du froid.
Baigné dans ton aura je me retourne lentement.
Tu me brûles les yeux, estompes le faible éclat de ces pitoyables astres et fait naître le jour au plus profond de la nuit comme une improbable aurore de minuit.
Je ne sais même plus parler.
Je t’aime.

Emulation

Qu’il est dur de trouver une motivation pour avancer dans son travail, son rangement, la mise en ordre de sa vie ou de ses projets, mais qu’il est au contraire facile de s’enfoncer dans l’oisiveté et le laisser-aller en mettant en avant l’excuse de la maladie et de la faiblesse.
A l’heure de basculer vers une nouvelle journée je me rends compte que celle-ci est passée en vain, que je vais devoir me secouer et travailler toute la nuit pour remettre certaines choses à plat avant de recevoir de énièmes rappels de la C.P.A.M. ou de la Préfecture de Police, redonner un semblant de propreté à ma demeure et finir de me débarrasser de tout ce qui peut m’encombrer. Si j’en trouve la force je pourrai par la suite me mettre à tête reposée au montage d’un système de refroidissement pensé voilà plus de deux ans et au dessin de mon futur tatouage.
Mais que fait-on quand, lassé de sa propre santé et de sa routine, on voit sa propre volonté s’effriter comme un mannequin d’enfant pendant un essai nucléaire dans le Nevada ?
On se focalise sur de petites choses, comme cette sensation agréable de se coucher dans une chambre parfaitement ordonnée, et sur de plus grandes comme une personne pour qui on éprouve de l’admiration ou un événement marquant, un lieu où l’on se sent bien, un sentiment d’accomplissement ou une certaine fierté de ce que l’on peut-être si l’on s’en donne la peine.
Je viens de retomber sur une photo prise voilà un certain temps qui a suffit à me rappeler qu’il est encore des endroits qui valent la peine d’être découverts, même seul, et tout le reste a suivi dans mon esprit un peu mois embrumé. Les sensations, mon image dans le miroir, les projets, la personne, le volonté d’avoir l’esprit tranquille au moins quelques mois…

Un lieu : le Connemara, une date : Septembre 2008, une sensation : le calme.

Je vais finir d’organiser ma vie et mes affaires comme si j’étais en permanence sur le point de partir car, après tout, c’est le cas.
Quand tout est enfin clean, réglé, que l’on est à jour dans les moindres papiers, que ces papiers sont moindres et que nos possessions indispensables se limitent à un couteau, alors seulement on commence à goûter à la liberté et, curieusement, on se lève plus facilement le matin.

"One life. Live it." – devise du Camel Trophy

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